Polyphonies anciennes et modernes du bassin méditerranéen
Œuvres en hébreu, araméen, arabe, syriaque, latin et grec ancien, dont trois créations mondiales d’Alexandros Markéas et de Zad Moultaka
Chœur de chambre les éléments, 18 chanteurs a cappella
Direction Joël Suhubiette
Samedi 20 août 2011 à 20h30
Cathédrale de Condom (32)
Dimanche 25 septembre 2011 à 17h
Abbaye de Thoronet (83)
Samedi 29 octobre 2011
Festival d'orgue de Montauban
Mardi 8 et mercredi 9 novembre 2011
Chapelle de l'Hôtel Dieu, Toulouse
Concerts présentés à Toulouse à l'occasion de la sortie du disque Méditerranée Sacrée
Jeudi 10 novembre 2011
Eglise de Gradignan (33)
Dimanche 1 avril 2012 à 11h
Chapelle de Méjan, Arles
Par-delà les cultures et les religions, ce programme propose un voyage sur les rives du Bassin Méditerranéen, nous donnant ainsi l’occasion d’entendre quatre de ses langues anciennes. Il parcourt plusieurs siècles de musique, du Livre Vermeil de Montserrat (extrait) aux Tre Cori Sacri de Petrassi (1904 – 2003), des Répons des Ténèbres de Gesualdo aux créations de Zad Moultaka et Alexandros Markéas, sans oublier le sublime Crucifixus de Lotti.
Programme :
Salomone Rossi (1570-1630) Barekhu Kaddish (Chanté en hébreu et en araméen)
Antonio Lotti (1665-1740) Crucifixus à 8 voix (Chanté en latin)
Goffredo Petrassi (1904-2003) Extraits des Tre Cori Sacri (1980-83) Et Incarnatus Crucifixus (Chanté en latin)
Zad Moultaka (1967) : Mèn èntè, Sur un texte de Halaj pour cinq voix d’hommes (en arabe)
Alexandros Markeas (1965) Trois fragments des bacchantes (2009) (Chanté en grec ancien), sur des textes d’Euripide, commande du chœur de chambre les éléments.
Llibre vermell de Montserrat (XIV° siècle) O Virgo splendens hic in monte celso (Chanté en latin)
Tomas Luis de Victoria (1548-1611) O vos omnes (Chanté en latin)
Carlo Gesualdo (1560-1613) Répons des ténèbres du samedi saint (Jerusalem, surge ; O vos omnes ; Aestimatus sum) (Chanté en latin)
Zad Moultaka (1967) Lama sabaqtani (2009) (Chanté en araméen), inspiré par les Sept dernières paroles du Christ en croix, commande de Musique Nouvelle en Liberté
Deux extraits du programme en concert au festival de Saint-Denis en juillet 2009
Présentation Méditerranée sacrée
Par-delà les cultures et les religions, ce programme propose un voyage sur les rives du Bassin Méditerranéen, nous donnant ainsi l’occasion d’entendre quatre de ses langues ’hébreu, latin, araméen et grec ancien), et de parcourir plusieurs siècles de musique, du Livre Vermeil de Montserrat (extrait) aux Tre Cori Sacri de Petrassi (1904 – 2003), des Répons des Ténèbres de Gesualdo aux créations de Zad Moultaka et Alexandros Markéas, sans oublier le sublime Crucifixus de Lotti.
L'hébreu, sous toutes les latitudes, est la langue d'expression de la liturgie juive, dans laquelle est donc écrite le Barekhu ("Bénissez"), traditionnelle ouverture à la prière invitant à bénir Dieu. La langue hébraïque voit l'ancienneté de ses origines remonter au XIVème siècle avant J.-C. Son histoire s'étend donc à ce jour sur trente-cinq siècles, des pictogrammes pariétaux du Sinaï à la une du journal Haaretz. Le rituel synagogal abrite aussi une oraison - le Kaddish, prière des défunts - écrite dans une autre langue sémitique que l'hébreu, à savoir l'araméen, qui est celle aussi de quelques livres bibliques (Daniel, Esdras) et du Talmud, et dont la formation se situe aux XII-XIèmes siècles avant l'ère chrétienne, soit une chronologie à peine moins étendue. Si l'hébreu n'a jamais cessé d'être parlé au long des siècles, sa sphère géographique, jusqu'à sa reviviscence dans l'Etat d'Israël, a toujours été moindre que celle de l'araméen qui fut un long temps, dans l'Antiquité, la langue officielle de l'Empire perse, de l'Egypte à l'Afghanistan.
Langue vernaculaire de la Terre sainte, c'est en araméen que Jésus le juif prononça ses derniers mots sur la Croix (Eloï, eloï, lama sabaqtani, "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné?", voir Psaume 22, v.1) et l'un de ses rameaux devint la langue liturgique de certains chrétiens orientaux, ceux en particulier de rite syriaque ou chaldéen.
Aujourd'hui l'hébreu est la langue d'environ sept à huit millions de locuteurs, quand l'araméen, en voie de disparition, n'est plus parlé au quotidien que dans quelques villages épars du Liban, de Syrie, d'Irak, d'Iran et de Turquie. Grec et latin sont des langues indo-européennes qui voient leur formation vers le début du 1er millénaire av. Jésus-Christ.
La langue du dramaturge Euripide est un grec littéraire poétique du siècle de Périclès (Vème s. avant), qui est assez éloigné des développements postérieurs du grec hellénistique, puis byzantin, d'où émergeront tant le grec de la liturgie orthodoxe que la langue moderne. Après avoir été la langue officielle de l'Empire d'Alexandre, de l'Egypte à l'Inde, puis celle de l'Empire d'Orient de Byzance, le grec moderne.est parlé aujourd'hui par environ 15 millions de locuteurs (Grèce, Chypre, Turquie, Albanie).
Le latin, langue d'Empire elle aussi, celui de Rome, est à l'origine de toutes les langues romanes, à commencer par l'italien. Il n'est plus parlé du tout, et voit son usage restreint à la liturgie catholique et aux documents pontificaux. Le latin liturgique puise souvent sa source dans les originaux hébraïques: Jerusalem surge, O vos omnes, Aestimatus sum sont des traductions respectives de Baruch, des Lamentations, et des Psaumes, tous livres bibliques vétérotestamentaires.
Isolé dans l'Antiquité sur une toute petite surface, devenu la langue liturgique des synagogues du monde entier, l'hébreu n'eut jamais de destin "impérial", à la différence de l'araméen, du grec et du latin. Autour de la Méditerranée contemporaine, le latin étant mort et l'araméen moribond, seuls le grec et l'hébreu sont restées des langues vraiment vivantes.
Michel Garel
Créations contemporaines
Lama sabaqtani, Zad Moultaka
(commande de Musique Nouvelle en Liberté)
Trois fragments des Bacchantes, Alexandros Markéas
(commande du choeur de chambre les éléments)
Lama sabaqtani, Zad Moultaka
(commande de Musique Nouvelle en Liberté)
La pièce reprend les sept paroles du Christ en croix. Elle est chantée en araméen, la langue-source. Le choeur est éparpillé dans l’espace et nous immerge dans le corps du Christ, comme si chaque parole localisait un point de sa douleur.
L’oeuvre tend vers le rassemblement des fragments du corps. Les nuances oscillent entre pianissimo et mezzo piano, douce présence, un chant d’une douleur intime. Elle prend fin dans un étirement entre l’extrême grave et l’extrême aigu, ison et sifflement, relation entre la terre et le ciel, écartement du corps et de l’esprit.
Texte (traduction) : Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34)
En vérité, je te dis : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. (Lc 23,43) Femme, voici ton fils. Fils, voici ta mère. (Jn 19, 26-27) Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? (Mt 27,46 ; Mc 15,34 ; Ps 22,1)
Jésus dit pour que l’Écriture s’accomplisse : J’ai soif (Jn 19,28) Tout est accompli (Jn 19,30) Père, entre Tes mains, je remets mon esprit (Lc 23,46)
Biographie
ZAD MOULTAKA
Zad Moultaka, compositeur, né au Liban en 1967, poursuit depuis plusieurs années une recherche personnelle sur le langage musical, intégrant les données fondamentales de l’écriture contemporaine occidentale – structures, tendances, familles et signes – aux caractères spécifiques de la musique arabe – monodie, hétérophonie, modalité, rythmes, vocalité… Cette recherche touche de nombreux domaines d’expérimentation… La lente maturation d’une forme d’expression très personnelle a fait naître, à partir de 2003, une série d’oeuvres dont la production s’est peu à peu amplifiée. De la musique chorale à la musique d’ensemble, de la musique de chambre à la musique vocale soliste, de l’électroacoustique aux installations sonores et à la chorégraphie… Il a une personnalité complexe qui le pousse à déchiffrer inlassablement les énigmes et les résistances qui surgissent en lui, questionnant l’histoire, la mémoire, le monde contemporain, à explorer les limites, les rêves, avec ce sentiment d’urgence propre aux créateurs. Zad Moultaka a entamé une collaboration musicale avec de nombreux artistes à travers le monde dont les ensembles Ars Nova, Sillages, Accroche note, Symblema, Musicatreize, le Netherland Radio Choir, l’ensemble Schönberg d’Amsterdam, le Nouvel Ensemble Moderne de Montréal, le choeur de chambre de Strasbourg, et le choeur de chambre Les éléments… Ce travail continue parallèlement à la dernière année de sa résidence à la Fondation Royaumont et à des projets de l’autre côté de l’Atlantique.
Trois fragments des Bacchantes, Alexandros Markéas
Du compositeur grec Alexandros Markéas (né en 1965), inspiré par les Bacchantes d’Euripide, en grec ancien (pièce pour 16 chanteurs a cappella).
(commande du choeur de chambre les éléments)
Les Bacchantes d'Euripide, est la tragédie la plus énigmatique de son auteur. Est-ce une pièce sur la démence et la sagesse, sur la force du sacré, sur le rejet de l'Autre ? En tant que musicien, j'accepte et je travaille toutes ces hypothèses simultanément. Ce qui m' attire dans cette oeuvre est avant tout cette poésie de l'extrême, la tentative d'explorer les limites de l'allégorie théâtrale à travers la folie, la folie comme expression du sacré et de l'humain. Comment chanter ce lien étrange entre le sacré et la folie, comment mettre en musique la perte de repères sensoriels à travers les hallucinations de Penthée, l'hystérie collective des Ménades, la démence d'Agavè, comment la voix peut-elle trouver les couleurs extrêmes pour exprimer cet état si particulier de foi et de délire. Ces questions sont au coeur de ce travail musical, qui tente aussi de reconstituer le souvenir sonore d'une représentation étrange et décalée.
Biographie
ALEXANDROS MARKEAS
Né en 1965 à Athènes, Alexandros Markeas étudie le piano et l’écriture musicale au Conservatoire National de Grèce. Il continue ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, et obtient les premiers prix de piano et de musique de chambre. Il donne de nombreux concerts en soliste et en formations de chambre. Parallèlement, il se consacre à la composition. Il suit les classes d’écriture, d’analyse et de composition du C.N.S.M.D.P. avec Guy Reibel, Michael Levinas, et Marc-André Dalbavie et obtient les premiers prix de contrepoint, fugue et composition, discipline dont il suit le cycle de perfectionnement. Il est aussi sélectionné pour suivre le cursus annuel de composition et d’informatique musicale de l’I.R.C.A.M ainsi que l’Académie de composition du festival d’Aix-en-Provence où il compose la musique d’un spectacle chorégraphique avec l’ensemble Court –Circuit et le ballet Preljocaj. Depuis 10 ans, ses oeuvres sont joués en France et à l’étranger par différentes formations comme l’Ensemble InterContemporain, Court-Circuit, l’Itinéraire, TM+, Ars Nova, les Jeunes Solistes, le quatuor Habanera, l’Orchestre Philharmonique de Radio France, Alter ego, l’Ensemble Modern, le quatuor Arditti... Il reçoit des commandes d’État, de Radio France, de la Fondation Royaumont, du musée du Louvre, du festival Manca, du festival Couperin ainsi que des aides à la création pour ses projets multimédia (DRAC Ile-de-France, Mairie de Paris, festival Romaeuropa).
Il compose également beaucoup d’oeuvres pédagogiques, destinées aux enfants et aux formations d’amateurs. En 1999 Alexandros Markeas est nommé pensionnaire de l’Académie de France à Rome à la Villa Médicis et en 2001 il reçoit le prix Hervé Dugardin de la SACEM.
Depuis 2003 il enseigne l’improvisation au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
Disposé en arc de cercle, cet appareil vocal de haut niveau et à géométrie variable a présenté un saisissant programme d’œuvres religieuses du pourtour méditerranéen à travers les siècles, avec cette riche particularité d’être chanté dans ses quatre langues, l’hébreu, le latin, l’araméen et le grec ancien. A l’évidence, une soirée irremplaçable.
De l’Italien Salomon Rossi, le pénétrant Barekhu (en hébreux) précédait son Kaddish (en araméen) et l’on fut frappé par le soin porté à la vocalisation franche de voyelles sonores, larges, carrées et bien appuyées.
Un tout différent niveau de spiritualité habitait ensuite le Crucifixus à 8 voix du Vénitien Antonio Lotti, au piétisme plus affirmé, et qui se présentait comme une sorte d’adoration mystique avec ses harmonies horizontales et tendues, recélant d’étonnantes modulations et autres dissonances, si rares parmi les œuvres du XVII e siècle.
On les sauta, les siècles, avec le Tre Cori Sacri du Romain Goffredo Petrassi (mort en 2003), aux intonations délicates, parfois métallisantes, mais tout en intériorité, dont on retiendra la maîtrise d’écriture du continuum sonore et que les chanteurs restituèrent à merveille.
Plus surprenants par leur facture plus contemporaine, les Trois fragments des Bacchantes (Euripide) de l’Athénien Alexandros Markeas (2009), attiré, dit-il, par « la folie comme expression du sacré et de l’humain » et qui s’est traduit au travers d’une partition à la fois étrange, incantatoire, hallucinante et énigmatique avec ses courbes et ses glissandos vocaux, ses cris explosifs, et s’éteignant en murmures minimalistes.
On recula de six siècles avec un extrait de l’admirable Libre Vermell de Montserrat, chanté par le chœur éclaté en six points de scène, entrecroisant ses sources ondulatoires et donnant cette pure impression de spatialisation.
Par contraste, le chœur déploya dans l’ O vos omnes du Romain Luis de Victoria, ses grandes polyphonies de cathédrale avec ses majestueuses enluminures sonores dans profond esprit liturgique tout empreint de sérénité orante.
Ce fut alors « a capellistes » traduisirent les Réponses des Ténèbres avec ses audaces d’écriture, ses sonorités pleines, similaires à de puissants traits sortis de tuyaux d’orgue.
Le chœur leur conféra toute sa dimension dramatique par le biais de ses accents térébrants et son expression douloureuse.
Enfin le Lama sabaqtani du Libanais Zad Moultaka, (2009), marquait son tempo de lamentation et de répétitivité, allant aux graves profonds et donnant au final, ce sentiment d’aspiration céleste.
Méditerranée Sacrée, L’Arsenal de Metz, 23 septembre 2010
Georges MASSON, le Républicain lorrain

